(...)Et là nous revenons à un point essentiel: avoir l’embarras du choix, c’est ne pas être totalement libre. Du moins, c’est choisir à partir d’une partie de soi qui n’est pas libre. Qui ne s’est pas déjà retrouvé dans cet état hypnotique dans lequel nous plongent les étalages interminables des hypermarchés?
Avoir le choix entre des mètres de rayonnages de yaourts ne rend ni meilleur ni plus heureux. Au contraire, de façon pernicieuse, cette tyrannie du choix tend à faire croire aux gens qu’ils jouissent d’une sorte de liberté. Je dis une sorte de liberté car il ne s’agit pas de La Liberté. Il ne s’agit que d’un ersatz, une illusion, une liberté en toc qui permet à nos petits égos bien nourris de croire qu’ils sont souverains dans leur vie. Ils peuvent à tout instant « choisir », « décider » du parfum de leur yaourt, de la couleur de leur voiture, du physique de leurs partenaires. Quelle enivrante liberté! Pouvoir à tout instant choisir parmi une palette infinie de plaisirs, de sensations, éphémères et superficielles.
Ne serait-ce pas une façon plutôt habile de nous détourner de la véritable liberté de choix?
Le langage des publicité est de plus en plus envahi de formules très « spirituelles ». Il suffit de lire. On nous vend n’importe quoi en invoquant la part la plus sage de nous-même; mais n’est-ce pas là aussi d’envahir notre capacité de choix, de nous détourner, d’empoisonner la seule part de nous-même apte à choisir.
En fait, je crois que l’on utilise cette part de soi pour des choses superficielles. Afin que surtout on ne la sollicite pas pour des choses plus essentielles…Il ne faut surtout pas nous habituer à trop réfléchir par nous-même, à nous rendre libre de nos choix car alors nous ne pourrions plus adhérer à une société qui sous des apparences de démocratie et de liberté nous sert immanquablement le même yaourt à tous les parfums. Nous croyons avoir le choix mais qui ne s’est pas déjà offusqué devant l’universelle malhonnêteté politique de nos dirigeants, devant le langage très formaté de nos médias, devant l’inculture croissante de nos jeunes?
Il serait bon je crois de chercher ce qui se cache derrière ce trop-plein de choix qui serait non pas un critère de liberté mais une forme très habilement cachée d’aliénation.
Je remarque personnellement pour l’avoir expérimenté (et cela rejoint bien sûr les précédents articles sur le Vide) que dans un milieu très simple où seuls les besoins essentiels sont assouvis, l’esprit se libère, devient léger, disponible ouvert et transparent comme un miroir prêt à refléter le monde de manière optimale et donc de l’accueillir. Vivre avec peu, à proximité de la nature (symbole vivant du vide-plein), dans le silence, détaché de tous ces liens qui nous sollicitent en permanence et nous bercent dans l’illusion d’appartenir à une « communauté » pour nous prémunir du vide social, de la solitude (internet, téléphones TV etc.), nous permet de découvrir avec émerveillement ce dont nous avons réellement besoin pour bien vivre: pas grand-chose.(...)
Article inspiré du livre de Sheena Lyengar - L'art de choisir
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